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Le prix qui n’était pas aux Rendez-vous (lettre ouverte)

Montréal, le lundi 2 mars 2009 — Les Rendez-vous du cinéma québécois (RVCQ) vient de clôturer son édition 2009. Félicitations spéciales à Richard Brouillette, qui a récolté le Prix Pierre et Yolande Perrault / Meilleur espoir documentaire pour son film l’Encerclement - La démocratie dans les rets du néolibéralisme et à nos amis de Péripheria, qui ont gagné le prix du court métrage pour le film Three mothers de Daniel Schachter. (Voir http://tinyurl.com/ce5fum pour le palmarès des RVCQ.)

Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais il y a un prix qui n’a pas été offert cette année.

J’étais parmi ceux qui ont encouragés le RVCQ de ne plus présenter le prix de la Fondation Ruth et Alex Dworkin pour la promotion de la Tolérance à travers le cinéma. Vous trouverez ci-jointe une lettre signée par une soixantaine de personnes du milieu du cinéma québécois en soutien à la décision du RVCQ de ne plus présenter ce prix controversé. Cette lettre a été envoyée aux Rendez-vous le 19 janvier 2009.

Malcolm Guy

Cineaste


Lettre ouverte aux Rendez-vous du Cinéma Québécois – lundi le 19 janvier 2009

Un courriel adressé récemment au cinéaste Malcolm Guy par Ségolène Roederer, la directrice générale des Rendez-vous du Cinéma Québécois, était concis mais clair :

Bonjour,
Je confirme que les Rendez-vous ont décidé de ne plus donner le prix de la Fondation Ruth et Alex Dworkin pour la promotion de la Tolérance à travers le cinéma.

Aussi surprenant que cela puisse sembler, il s’agit d’une très bonne nouvelle, et il faut féliciter les Rendez-vous, l’événement annuel d’hommage au cinéma du Québec, d’avoir pris une décision à la fois nécessaire et cohérente avec les valeurs dont ils cherchent à faire la promotion.

Un bref historique s’impose. En février 2008, le cinéaste montréalais Malcolm Guy a adressé une lettre ouverte aux Rendez-vous pour annoncer son retrait officiel du jury constitué pour l’attribution du Prix annuel 2008 de la Fondation Alex et Ruth Dworkin pour la promotion de la tolérance à travers le cinéma. Ce prix, comprenant une bourse de 5 000 $, était « remis au producteur pour le travail de l’équipe ayant démontré l’intention de transmettre, à travers l’œuvre gagnante, un message de compréhension et de tolérance ».

Monsieur Guy avait alors suggéré aux Rendez-vous de se désaffilier du Prix pour la promotion de la tolérance parce que « derrière ce qui semble une noble cause se cache une histoire d’intolérance, de division et de discrimination ».

Il avait poursuivi en expliquant que le Prix annuel de la Fondation Alex et Ruth Dworkin est une initiative du Congrès juif canadien, région du Québec, une organisation qu’il considère être « fondamentalement intolérante de la différence et de la dissidence, particulièrement quand il est question des politiques du gouvernement israélien ». Sa lettre soulevait deux arguments centraux :

Premièrement, M. Guy avait souligné « le refus du comité national du Congrès juif canadien (CJC) d’accepter en son sein l’Alliance de Canadien/nes juif/ves concerné/es (Alliance of Concerned Jewish Canadians - ACJC) ».

Il avait précisé que l’ACJC constituait une « une alliance pancanadienne de groupes juifs contre l’occupation », critique de la poursuite par Israël d’une « stratégie essentiellement militaire tout en prétendant parler au nom des Juifs à travers le monde ». Pour l’ACJC, « les Canadiens, et particulièrement les Juifs canadiens qui cherchent une résolution pacifique au conflit en apparence sans fin entre Israël et la Palestine, ne doivent plus rester silencieux devant les actions d’Israël dans les territoires occupés. » M. Guy avait fait valoir que la décision du CJC de refuser d’accueillir une organisation critique des politiques du gouvernement israélien révélait un manque de tolérance.

Deuxièmement, M. Guy a également révélé qu’Alex et Ruth Dworkin sont au nombre des « grands donateurs » du Fonds national juif (FNJ). Sur le site du FNJ, leurs noms apparaissent avec d’autres ayant comme eux « démontré un engagement soutenu envers Israël et le FNJ » en donnant un million de dollars ou plus à cette organisation.

M. Guy a rappelé que le FNJ, « sous couvert de reforestation et d’achat de terres », a été impliqué dans plusieurs projets controversés en Israël qui ont conduit au « déplacement massif du peuple palestinien et à l’occupation de leurs terres ».

Il a cité l’exemple du Canada Park, créé près de Jérusalem, dans les termes suivants : « Dans un documentaire largement diffusé à la télévision canadienne, Park with no Peace, on révélait que ce parc, financé par le FNJ entre autres grâce à des fonds déductibles d’impôts amassés au Canada, a été construit sur les ruines des villages palestiniens de Imwas, Yalu et Beit Nuba.

L’émission The Fifth Estate, diffusée à CBC, a révélé que 10 000 Palestiniens ont été arrachés à leurs terres par l’armée israélienne pour la création du Canada Park. Un ex-député du parlement israélien déclarait en entrevue que “les Canadiens ont été utilisés pour camoufler un crime de guerre”. »

M. Guy en a conclu que, pour ces raisons, « les Rendez-vous du cinéma québécois doivent se désaffilier de la Fondation Alex et Ruth Dworkin et du Congrès juif canadien. Ce prix et cet argent entachent le festival. »


Nous, les personnes soussignées, soutiennent la décision du cinéaste Malcolm Guy de se retirer du jury du prix de la Fondation Ruth et Alex Dworkin pour la promotion de la Tolérance à travers le cinéma et d’appeler au retrait de ce prix des Rendez-vous du Cinéma Québécois.

Nous comprenons que la décision des Rendez-vous de se désaffilier de la remise de ce prix soutenu par le Congrès juif canadien et la Fondation Alex et Ruth Dworkin n’a pas dû être facile à prendre. Voilà pourquoi nous tenons à saluer et à féliciter le Conseil d’administration et la direction des Rendez-vous pour cette prise de position nécessaire, honorable et courageuse, mais fondée sur des principes justes et respectueux de la liberté d’expression. Elle élève la stature du Festival et constitue une reconnaissance qu’absolument aucune intolérance ne peut être acceptée, particulièrement de la part d’instances impliquées dans un prix fondé sur la tolérance.

En ce 60ème anniversaire de la Déclaration internationale des droits de l’homme, nous espérons que d’autres festivals cinématographiques et organisations artistiques prendront note de cette décision et examineront leurs propres sources de financement afin de s’assurer qu’elles ne discréditeront pas les valeurs qu’ils désirent promouvoir. En d’autres mots, nous espérons que les instances organisationnelles de ces événements veilleront à une observance stricte des principes du traitement équitable, de l’égalité et des droits humains fondamentaux, et qu’elles n’accepteront aucune « intolérance » ou discrimination, même lorsque du soutien leur est offert sous le couvert de la « tolérance » ou d’autres expressions de ce genre.

Signataires :

Anais Barbeau-Lavalette, réalisatrice

Cameron Esler, réalisateur

Carlos Ferrand, réalisateur

Carole Poliquin, réalisatrice

Ève Lamont, réalisatrice

Iphigénie Marcoux-Fortier, réalisatrice

Isaac Isitan, réalisateur

Julian Samuel, réalisateur

Karine van Ameringen, cinéaste

Malcolm Guy, cinéaste

Martin Duckworth, réalisateur

Martin Frigon, réalisateur

Mary Ellen Davis, réalisatrice

Pascal Gélinas, réalisateur

Paul Lapointe, producteur

Pierre Falardeau, réalisateur

Richard Brouillette, réalisateur

Serge Giguère, réalisateur

Stefan Verna, réalisateur

Tanya Tree, réalisatrice

Signataires additionnels (le dimanche 1 mars 2009) :

Aisling Chin-Yee, productrice

Alexandra Guité, réalisatrice

Allan Brown, réalisateur

Amy Miller, réalisatrice

Arnaud Bouquet, réalisateur

Arshad Khan, réalisateur

Bernard Émond, réalisateur

Boban Chaldovich, réalisateur

Brad Colbourne, réalisateur

Brett Story, réalisateur

Bruno Dubuc, réalisateur

Dominic Morissette, réalisateur et photographe

Eza Paventi, réalisatrice

Francis van den Heuvel, réalisateur

Glenn Gear, réalisateur

Hala Alsalman, réalisateur

Jean-Sébastien Lalumière, directeur photo

Joey Calugay, réalisateur

Julien Boisvert, réalisateur

Lucie Pageau, productrice

Majdi El-Omari, réalisateur

Marie Boti, réalisatrice

Marie-France Côté, productrice

Marielle Nitoslawska, réalisatrice

Mario DeGiglio-Bellemare, réalisateur

Marlene Edoyan, productrice

Martha Stiegman, réalisatrice

Michelle Smith, réalisatrice

Nirah Elyza Shirazipour, réalisatrice

Roberto Nieto, réalisateur

Santiago Bertolino, réalisateur

Sarah Charland-Faucher, documentariste

Sarita Ahooja, vidéaste

Sergeo Kirby, producteur

Shannon Walsh, réalisatrice

Stéphane Lahoud, réalisateur

Tamara Vukov, réalisatrice

Yanick Létourneau, réalisateur

Yung Chang, réalisateur

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